Investissement locatif Île Maurice : guide complet pour investisseurs français et européens

Investissement09/02/26Jean Valjean13 min
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Investissement locatif Île Maurice : guide complet pour investisseurs français et européens

Oui, un investissement locatif à l’Île Maurice peut être techniquement faisable et rentable pour un investisseur français ou européen, à condition de raisonner en « rendement net » (après fiscalité, vacance, gestion et charges), et de sécuriser la chaîne juridique (autorisation EDB, schéma d’achat, garanties en VEFA). La décision se joue, en pratique, sur trois variables que vous pouvez piloter: le régime d’acquisition autorisé aux étrangers, le scénario d’occupation réaliste (souvent 60 % à 70 %), et la maîtrise des frais d’entrée (souvent 6 % à 8 % du prix, hors TVA de 15 % si VEFA).

En bref

  • Rendement: une moyenne nationale autour de 3,5 %, avec des rendements nets souvent annoncés entre 4 % et 6 %, et des zones pouvant viser 5 % à 8 % selon le type de location et l’emplacement.
  • Occupation et saisonnalité: un taux d’occupation réaliste se situe généralement entre 60 % et 70 %, avec une haute saison de décembre à avril, ce qui impose un modèle prudent.
  • Frais et fiscalité: droits d’enregistrement de 5 %, frais de notaire d’environ 1 % à 1,15 %, contribution EDB de 5 000 USD, TVA de 15 % en VEFA, et imposition des revenus locatifs devenue progressive (0 % à 20 %) depuis juillet 2023, sauf cas d’achat via société (15 %).
  • Sécurisation: pour une VEFA, exigez la GFA (garantie financière d’achèvement) et vérifiez l’EDB Letter of Approval avant tout engagement financier significatif.

1) Ce que vous achetez réellement: un marché saisonnier, liquide… mais pas instantané

L’Île Maurice combine une demande locative portée par le tourisme (plus d’un million de visiteurs par an) et une contrainte d’espace (environ 2 000 km²), ce qui peut soutenir certains secteurs, notamment ceux orientés location saisonnière. Cette dynamique doit toutefois être lue avec méthode: le rendement dépend moins d’une « promesse » commerciale que d’un calendrier d’occupation et de coûts de détention correctement budgétés.

Sur le plan opérationnel, trois repères structurent généralement l’analyse:

  • Occupation: une hypothèse réaliste est souvent de 60 % à 70 % en moyenne annuelle, avec des écarts possibles (un exemple documenté affiche 52 %).
  • Liquidité: un bien « standard » peut se revendre en moyenne en 18 mois, et jusqu’à 24 mois dans des zones saturées, notamment au Nord.
  • Inflation: une inflation à 10,8 % en 2022 puis 5,2 % en glissement annuel en janvier 2024 peut peser sur la maintenance, les charges et certains arbitrages (travaux, mobilier, assurances), et doit être testée dans vos scénarios.

À titre personnel, j’ai vu des investisseurs « réussir » sur le papier puis se retrouver déstabilisés par un seul paramètre mal calibré: une saison basse plus longue que prévu. La prévention est simple et procédurale: vous devez chiffrer une vacance locative, même si le bien est « très demandé », et vous devez intégrer un délai de revente non instantané dans votre stratégie de sortie.

2) Cadre d’achat pour étrangers: programmes, autorisation EDB et limites à anticiper

Un non-résident n’achète pas librement n’importe quel foncier. L’acquisition est, en principe, encadrée par des schémas agréés (par exemple PDS pour Property Development Scheme, IRS pour Integrated Resort Scheme, RES pour Real Estate Scheme, IHS pour Invest Hotel Scheme, ou encore des programmes de type Smart City, ainsi que des acquisitions en VEFA, vente en l’état futur d’achèvement). Dans ce cadre, l’autorisation de l’EDB (Economic Development Board) est requise, matérialisée par une Letter of Approval.

Deux points exigent une attention particulière.

D’abord, la résidence liée à l’investissement. Des sources mentionnent la possibilité d’un permis de résidence à partir de 375 000 USD d’investissement, tandis que d’autres présentent un seuil équivalent exprimé en euros (345 000 €). Il convient de vérifier, au moment de l’achat, la référence officielle applicable et la monnaie retenue, car le taux de change varie (un repère relevé au 22 janvier 2024 indique 1 € pour environ 46,93 MUR, quand d’autres conversions circulent à 49 MUR).

Ensuite, les contraintes foncières. Il est mentionné une limite de terrain de 0,5276 hectare maximum pour certaines acquisitions, et des seuils de valeur de propriété pouvant exister selon les schémas. Sous réserve de vérification au cas par cas, l’idée opérationnelle est constante: vous devez caler votre projet sur le bon véhicule d’acquisition, et non l’inverse.

Attention : toute « solution » qui vous propose de contourner l’autorisation EDB, ou qui vous presse de payer avant production d’une Letter of Approval, doit être traitée comme un signal de risque. Les services officiels ne se substituent pas à votre diligence, mais ils structurent la conformité de l’achat.

3) Fiscalité et coûts d’entrée: ce que votre modèle doit intégrer, sans approximation

Pour comparer des biens immobiliers à Maurice, la méthode la plus fiable consiste à séparer (1) les coûts d’acquisition, (2) l’imposition des revenus locatifs, et (3) les charges récurrentes qui transforment un rendement « brochure » en rendement net.

3.1 Taxes et frais à l’acquisition

Les coûts initiaux sont souvent estimés à 6 % à 8 % du prix du bien, avec des éléments identifiés: droits d’enregistrement de 5 %, frais de notaire autour de 1 % à 1,15 %, et une contribution EDB de 5 000 USD. En VEFA, une TVA de 15 % est mentionnée comme applicable, ce qui change matériellement la donne entre un achat sur plan et un achat livré.

À ces coûts peuvent s’ajouter, selon votre mode de gestion: des frais d’agence de transaction de 3 % à 5 %, puis des frais de gestion locative (5 % à 10 % en longue durée, 10 % à 20 % en saisonnier). Certaines copropriétés peuvent aussi provisionner un fonds de travaux dès la construction (exemple de 10 000 € par lot) et certains domaines affichent des charges élevées (exemple de 500 € par mois dans des ensembles avec prestations).

3.2 Impôt sur les revenus locatifs et structuration

Sur l’imposition des loyers, un changement majeur est signalé depuis juillet 2023: les revenus locatifs ne relèveraient plus d’un taux fixe de 15 %, mais d’un barème progressif de 0 % à 20 % par tranches de revenus. Une précision utile pour les investisseurs structurés: si l’acquisition est réalisée en société, l’imposition resterait à 15 %, en cohérence avec un impôt sur les sociétés fixé à 15 %.

Il est également indiqué une exonération totale pour des revenus annuels imposables inférieurs à 390 000 MUR (environ 8 310 €), et un taux maximal à 20 % pour des revenus élevés, avec une recommandation explicite: vérifier le barème actualisé selon l’année considérée. Enfin, des absences d’impôts sont mentionnées (pas d’IFI, pas d’impôt sur les successions, pas de taxe foncière, pas de taxe d’habitation), ainsi qu’une mention à propos des plus-values après trois ans de détention, à valider selon votre situation.

Bon à savoir : la conformité bancaire et le reporting international sont cités via le CRS (échange automatique d’informations). Dans les faits, vous devez anticiper des demandes de justificatifs et documenter l’origine des fonds lors des transferts.

4) Rentabilité réelle: passer du « brut » au « net » avec des hypothèses défendables

Les rendements annoncés varient selon la stratégie locative et la zone. Une moyenne nationale autour de 3,5 % est citée, tandis que des rendements nets entre 4 % et 6 % sont évoqués pour des villas ou appartements saisonniers, et des zones pouvant viser 5 % à 8 % (voire plus) dans des secteurs comme Grand Baie, l’Ouest ou certains emplacements premium. Ces chiffres ne prennent sens que si vous appliquez une discipline de calcul homogène.

Le modèle recommandé repose sur des variables d’entrée simples, mais non négociables: prix d’achat, taxes, frais de notaire, contribution EDB, frais d’agence, charges de copropriété, assurance, provision d’entretien, frais de gestion, vacances locatives et hypothèses de change entre EUR, USD et MUR. Il est également recommandé de provisionner au minimum 10 % des loyers pour l’entretien courant, et de prévoir des remplacements ponctuels (un exemple de climatisation à 2 000 € est mentionné).

Sur le terrain, la différence entre location longue durée et saisonnière tient souvent à la variabilité des flux. La longue durée est décrite comme plus stable, avec des rendements typiques de 3 % à 5 % et une charge de gestion réduite. Le saisonnier peut viser 5 % à 8 %, mais il supporte davantage de coûts opérationnels (conciergerie, ménage, linge, utilités) et une sensibilité directe à l’occupation, notamment hors haute saison (décembre à avril).

Paramètre Hypothèse repère Effet sur votre décision
Taux d’occupation 60 % à 70 % (exemple observé à 52 %) Dimensionne le loyer annualisé et la robustesse du cashflow.
Frais d’acquisition 6 % à 8 % du prix (dont 5 % droits, notaire 1 % à 1,15 %, EDB 5 000 USD) Augmente le capital immobilisé, baisse le rendement net la première année.
Gestion locative Long terme 5 % à 10 % des loyers, saisonnier 10 % à 20 % Arbitrage temps, distance, variabilité, risque d’impayés et de vacance.
Revente Environ 18 mois, jusqu’à 24 mois en zones saturées Impacte la stratégie de sortie et le besoin de liquidité.
VEFA TVA 15 % et exigence de GFA Risque chantier contre accès à un bien neuf, dépendance aux garanties.
« Un bon dossier n’est pas celui qui affiche le rendement le plus élevé, mais celui qui reste cohérent lorsque vous baissez l’occupation, augmentez les charges et rallongez le délai de revente. »

5) Où acheter: lecture pragmatique des zones selon rendement, stabilité et plus-value

La géographie mauricienne se prête à une approche par objectif. Les données disponibles décrivent notamment: le Nord (Grand Baie, Pereybère, Cap Malheureux) avec un rendement généralement entre 5 % et 7 % et une valorisation souvent estimée autour de +5 % par an en zones premium, l’Ouest (Tamarin, Rivière Noire, Flic-en-Flac) avec des rendements souvent de 6 % à 8 % par an, le Centre (Moka, Ebène, Quatre Bornes, Curepipe) avec un rendement régulier de 5 % à 6 % par an et une demande longue durée, l’Est (Beau Champ, Poste Lafayette, Belle Mare) avec un potentiel de plus-value souvent de 6 % à 8 % par an sur des emplacements d’exception, et le Sud (Blue Bay, Mahébourg, Le Morne, Bel Ombre) avec des rendements souvent de 5 % à 7 % et un horizon de développement évoqué à 5 à 10 ans.

Deux usages concrets ressortent pour un investisseur européen:

Si vous visez du rendement locatif, les zones touristiques (Nord, Ouest) sont logiques, mais plus exposées à la vacance et à la concurrence, avec une alerte spécifique sur une possible sur-offre dans le Nord pour des biens « standards », pouvant allonger la revente. Si vous visez davantage la stabilité, le Centre, proche de pôles d’emploi comme Ebène, est souvent positionné sur la longue durée.

Une stratégie d’allocation est explicitement suggérée: combiner une unité orientée touristique (flux saisonnier) et une unité en centre ou urbain (flux long terme) pour diversifier le risque et lisser les revenus.

6) Démarche d’achat et points de vigilance: une procédure à dérouler sans précipitation

L’achat s’organise classiquement en étapes, avec des obligations de calendrier et de documentation. En pratique, vous devez surtout vous assurer que chaque paiement correspond à un jalon sécurisé, et que les garanties existent avant d’être « utiles ».

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6.1 Calendrier type et paiements

Après sélection d’un programme éligible, l’acheteur signe un CRP (contrat de réservation). Il est mentionné qu’à compter de cette signature, un délai de 15 jours s’applique pour transférer 10 % du montant sur un compte séquestre. En VEFA, il est aussi mentionné qu’un versement pouvant aller jusqu’à 25 % peut intervenir au moment de l’acte, sur séquestre, et qu’un dépôt peut être limité à 2 % dans certains cas (notamment si la signature intervient entre 1 et 2 ans après le CRP), sous réserve de vérification contractuelle.

Ensuite, l’autorisation EDB est recherchée via la Letter of Approval, puis l’acte est signé chez un notaire mauricien (intervenant obligatoire). Un délai de traitement d’environ trois semaines est évoqué pour la validation d’un permis de résidence, tout en rappelant que le délai dépend du dossier.

6.2 Due diligence: ce que vous devez exiger avant de vous engager

  • Autorisation et titres: EDB Letter of Approval, éléments de « title search » et pièces cadastrales, ainsi que les permis de construire.
  • VEFA: preuve de la GFA (garantie financière d’achèvement) et compréhension de sa portée, le principe indiqué étant qu’aucune vente ne peut être conclue sans cette garantie bancaire.
  • Promoteur et contrat: antécédents et projets antérieurs, clauses de pénalités de retard, calendrier de paiements conditionné, modalités de remboursement si les agréments ne sont pas obtenus, et preuves d’assurance lorsque mentionnées.

Les risques documentés ne sont pas théoriques: des investisseurs ont été exposés à des projets abandonnés, avec des pertes importantes évoquées, et un exemple précis mentionne 23 familles bloquées pendant quatre ans. Sans extrapoler, la leçon procédurale est immédiate: vous devez traiter la qualité du promoteur et l’existence des garanties comme un sujet financier à part entière, au même niveau que le prix au mètre carré.

Attention : « services strictement gratuits » et demandes de paiement non justifiées (frais d’accès à un dossier, accélération d’agrément, promesse de rendement) doivent être écartés. Vous devez privilégier les canaux officiels et exiger des pièces vérifiables, plutôt que des engagements verbaux.

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7) Gestion locative: arbitrer entre contrôle, distance et coût réel

Une fois propriétaire, la performance dépend de la gestion. En longue durée, la gestion est donnée pour 5 % à 10 % des loyers, avec une charge quotidienne limitée. En saisonnier, les frais de gestion sont plus élevés (10 % à 20 %), mais peuvent être cohérents si le bien capte effectivement la haute saison, et si les coûts additionnels (ménage, linge, conciergerie, abonnements, utilités) sont budgétés.

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Dans une logique de prévention, deux garde-fous sont recommandés: (1) provisionner au minimum 10 % des loyers pour l’entretien, (2) tester votre rentabilité avec un scénario d’occupation conservateur (par exemple 60 %), puis vérifier si le projet reste acceptable en intégrant une hausse annuelle des charges, citée comme pouvant être de 5 % à 10 % selon la période récente.

Enfin, sur la question « gérer soi-même ou déléguer », l’arbitrage est rarement idéologique: plus vous êtes loin, plus le saisonnier est exigeant, et plus l’externalisation devient rationnelle, à condition que le mandat de gestion soit clair sur les prestations, les commissions, le calendrier de reversement et le contrôle des dépenses.

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Voici l’essentiel à retenir pour passer à l’action, sans surestimer la rentabilité ni sous-estimer la conformité: commencez par modéliser vos scénarios (occupation, change, frais et revente), puis déroulez une due diligence centrée sur l’EDB, la GFA en VEFA et la solidité du promoteur, et n’arbitrez la zone et le mode de location qu’une fois ces deux étages sécurisés. En cas de doute, faites-vous accompagner par les interlocuteurs habituels du circuit (notaire mauricien, avocat local, banque pour le transfert international, et expert-comptable si vous structurez via une société), en gardant à l’esprit que les règles varient selon les organismes et que les délais dépendent du dossier et du calendrier contractuel.

À propos de l'auteur

Jean Valjean

Jean Valjean

Je suis Jean Valjean, auteur au ton informatif et institutionnel, spécialisé dans les démarches et règles du logement, du foncier et de la gestion immobilière. J’explique les procédures de façon pédagogique et prudente, en définissant les sigles et en signalant les points de vigilance pour sécuriser vos décisions.